HELENE : entre les objets et les êtres, certains sont colorés pour moi. Ceux-là je les vois. Je crois en eux. Je n'ai jamais bien pu voir Ménélas.
[...]
HECTOR : On dit qu'il ne vous quittait pas.
HELENE : Evidemment. J'ai dû le traverser bien des fois sans m'en douter.
HECTOR : Tandis que vous avez vu Pâris?
HELENE : Sur le ciel, sur le sol, comme une découpure.
HECTOR : Il s'y découpe encore? regardez-le, là-bas, adossé au rempart.
HELENE : Vous êtes sûr que c'est Pâris, là-bas?
HECTOR : C'est lui qui vous attend.
HELENE : Tiens! Il est beaucoup moins net!
HECTOR : Le mur est cependant passé à la chaux fraîche. tenez, le voilà de profil!
HELENE : C'est curieux comme ceux qui vous attendent se découpent moins bien que ceux que l'on attend!
HECTOR : Vous êtes sûre qu'il vous aime, Pâris?
HELENE : Je n'aime pas beaucoup connaître les sentiments des autres. Rien ne gêne comme cela. C'est comme au jeu quand on voit dans le jeu de l'adversaire.
On est sûr de perdre.HECTOR : Et vous, vous l'aimez?
HELENE : Je n'aime pas beaucoup connaître non plus mes propres sentiments.
Jean Giraudoux, La guerre de Troie n'aura pas lieu.