
J'avais oublié à quel point c'était reposant de ne plus penser qu'à bosser. Plus besoin de sourire ni de masquer. J'ai une excuse maintenant. J'éteins mon portable toutes les nuits. J'aurais du comprendre depuis le temps, pourtant. Je n'arrive pas à afficher un Game Over sur ton visage. La physique au moins c'est reposant. Des noyaux, c'est quoi au fond? Je veux dire, à part des protons, des électrons et tout le bordel? C'est tranquille, d'être un noyau. Ca ne pense jamais, ça ne sort pas de son enveloppe nucléaire, c'est loin de tout ce qui est démesuré. Une lithosphère océanique, c'est pareil. C'est amorphe et apathique. La perfection. Encore mieux qu'une équation du second degré, qu'une similitude indirecte ou que le petit théorème de Fermat. La science nuit gravement à l'équilibre mental. Au fait, t'as un peu raison. Si je continue comme ça, à vingt-cinq ans je serai hystérico-maniaco-dépressive. Tant pis. Ce n'est que dans l'excès qu'on trouve la folie. Je brandirai les Fleurs du Mal comme un étendard. Tu me diras que je suis dingue et tu reprendras un verre. Et on repart pour un tour. Le manège, ça m'a toujours donné le mal de mer. L'ennui, c'est que je n'arrive pas à redescendre de celui-ci. Pas trouvé le bon marche-pied, pas trouvé la bonne main tendue? Non, j'en ai des tonnes. Je devrais peut-être arrêter de me mentir. Tout ce qui me manque, c'est l'envie de m'éloigner. Je ne peux pas partir sur la pointe des pieds, ni filer à l'anglaise. Ca manque cruellement de panache. Je lancerais bien une ou deux assiettes, à la rigueur. Mais les mots qui me brûlent le larynx, jamais je n'aurai le courage de les prononcer. Parce qu'ils sont trop amers, trop corrosifs ; j'aurai peur de faire un trou dans ta carapace. Quoique. Ca serait peut-être pas plus mal, en fait. Casser les apparences? Si j'essayais d'enlever ton masque, je ne ferais que t'arracher la peau.