1 novembre 2007

o2. On a rainy sunday afternoon.


Je ressors la tête d'un autre monde ; je n'ai jamais apprécié le prémâché et autres guimauves. Quand tout boucle et s'embrouille, on se révèle.


Entrouvre les yeux et ravale tes propos amers, la lumière se répand sur ta jupe flêtrie et rien ne viendra faire pâlir les mélodies de ta jeunesse. Les mots s'enchaînent dans ta tête, tu t'inventes des escapades raisonnables - un vieil homme las de poser des questions se prend pour un inspecteur de police spécialisé dans le trafic de rêves : Et qu'est-ce que tu veux faire plus tard mon enfant? Juste regarder, observer les gens vivre. Il y aurait tant à dire que ma gorge serait asséchée avant ma dernière heure ; comprenez-vous que c'est seulement de cette façon que j'aurais l'impression d'avoir vécu, à défaut d'avoir aimé? Et les lueurs s'évanouissent, tout te rappelle ces premières nuits. - Tu vois, je suis grande maintenant, il fait nuit et je suis encore debout. (Ne souris plus jamais aussi amèrement) J'ai un nouveau haut bleu décoloré avec des fleurs, je ne grandirai jamais je le porterai toute ma vie ; ne jamais perdre ce doux sentiment de nouveauté, ce frisson de braver le presque interdit.

Tu as grandi et tu t'endors toujours le coeur battant sur un livre, en fredonnant ces ritournelles d'un temps perdu que tu ne souhaiterais plus jamais retrouver. Ces phrases n'en sortent plus, de ton esprit. Tu les vois transparaître dans chacune de tes paroles. Tu cherches des repères dans d'autres langues puisque la tienne ne suffit plus à épancher tes déboires imaginaires. Tu t'abreuves de mots aux sonorités inconnues que tu répètes doucement parfois, quand tu es sûre d'être seule et qu'un puits sans fin se creuse dans ta poitrine. Quand ton téléphone portable est éteint et que tu t'endors seule et sombres dans un sommeil sans rêves. Tu repousses d'un geste de la main les échappatoires ; rien n'est aussi précieux à tes yeux que cette douce léthargie dans laquelle tu te complais malgré les plaies qui ne se refermeront plus jamais. Tu lis Moon of one sided love et tu pleures que la fin en soit aussi aisée et parfaite. Tu es déçue par ce manque de fatalisme que tu arbores si facilement. Tu écris dans les marges de tes cahiers, puisque tu n'as jamais su dessiner. C'est ridicule au début, c'est sucré et coloré. Puis ça devient amer, la douleur dans ta gorge ne partira plus jamais désormais et tu te vides sur des feuilles blanches, ton écriture devient minuscule, comme pour empêcher quiconque de lire entre les lignes. Dans chaque mot que tu écris se cachent des milliers de non-dits, ils étouffent derrière les hampes des consonnes auxquelles tu t'écorches les doigts. Tu contemples le reflet des lueurs de la ville dans la vitrine et tu te demandes ce que font les gens derrière les petits carrés lumineux, au loin. Tu n'aimes pas vraiment regarder les étoiles ; c'est lointain, ce sont des parois lisses et froides comme celles contre lesquelles, enfant, tu t'allongeais à la verticale pendant les étés trop chauds qui mangeaient chaque pore de ta peau affamée. Tu repenses à ce jardin et aux trous dans la pelouse, à l'herbe désormais jaune et aux fleurs desséchées. Tu avais volé un livre sur cette étagère, il y a dix ou mille ans, le temps est décuplé par les longues heures d'ennui. C'est la première fois que tu as vraiment pleuré. Combien de fois t'es-tu cachée derrière ces volets pour lire en plein soleil, espérant que ta peau allait enfin commencer à brunir? Tout est brûlé.




Là où plus rien ne renaîtra jamais, dans les méandres tourmentés de ton enfance qui prennent la forme d'un haussement de sourcil agacé. Tout se brouille ; cela tombe dans une tornade silencieuse, tu hurles mais aucun son ne se fait entendre.